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La gestion des eaux pluviales : les municipalités à l’heure de la résilience et de l’adaptation

La gestion des eaux pluviales : les municipalités à l’heure de la résilience et de l’adaptation

Les inondations de 2017 et de 2019 nous rappellent que l’idée d’avoir une belle maison sur un site enchanteur à proximité de nos lacs et cours d’eau peut devenir cauchemardesque. Malgré l’étendue de nos connaissances en hydrologie, trop de gens sont touchés par les inondations et les données sur l’évolution des changements climatiques indiquent que la situation n’est pas près de se résorber. Dans ce contexte, deux concepts ont plus que jamais intérêt à être considérés comme des incontournables dans les décisions municipales tant en fiscalité qu’en développement du territoire. Il s’agit de la résilience et de l’adaptation aux changements climatiques.

Qu’avez-vous mis en place pour optimiser la gestion des eaux pluviales dans votre municipalité? Avez-vous adapté vos règlements municipaux en conséquence? Votre équipe de travaux publics a-t-elle modifié ces pratiques pour en tenir compte et continuez-vous à vous occuper de l’entretien des fossés de la même façon que vous le faites depuis plusieurs décennies? Voilà des questions pertinentes à se poser. Cet article de fond vous présentera des solutions à explorer dans la perspective d’améliorer la gestion optimale des eaux pluviales dans votre municipalité.

La résilience des communautés est actuellement un sujet d’actualité dans le milieu de l’aménagement du territoire et de plus en plus de villes l’abordent comme un incontournable dans la gestion du territoire. La résilience est cet esprit qu’ont les communautés à surmonter différentes épreuves tels les sinistres associés à des événements météorologiques et climatiques extrêmes liés aux changements climatiques.

Les solutions qui sont mises en place pour contrer ou diminuer les effets dévastateurs causés par ces événements constituent des moyens d’adaptation aux changements climatiques et ils permettent d’évaluer si une communauté est résiliente ou non. Il importe de préciser «qu’une adaptation réussie ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’impacts négatifs, mais plutôt que les composantes exposées seront moins vulnérables à ces impacts que s’il n’y avait pas eu d’adaptation»1.

1 Source : MDDELCC, Stratégie gouvernementale d’adaptation aux changements climatiques 2013-2020, p. 12

Parce que les changements climatiques sont en train de modifier considérablement notre rapport face au comportement des eaux, comme en témoignent les statistiques suivantes :

  • Les températures passent plus facilement d’un extrême à l’autre. Conséquemment, le nombre de cycles de gel/dégel est en hausse depuis quelques années. Alors que certains secteurs étaient habitués à environ 4 ou 5 cycles du genre chaque hiver, le nombre est passé à environ 15 à 20 cycles. Uniquement pour l’hiver 2018-2019, certains secteurs du sud du Québec en ont observé près de 20 uniquement durant les mois de janvier et février. De tels cycles de gel/dégel mettent à mal différentes infrastructures urbaines souterraines et de surface. De plus, les épisodes de pluies suivis de baisses drastiques de températures sous les zéro degré Celsius ont transformé certains secteurs en patinoire.
  • Les quantités de précipitations de tous genres (neige et pluie confondues) seront de plus en plus importantes. Selon des chercheurs de l’Université de Winnipeg, Montréal devrait recevoir 50 centimètres de plus de neige en 2050 qu’en 2005. À Québec, c’est près de 65 centimètres de plus. Cette importante quantité de neige est par ailleurs un des facteurs en cause dans les inondations de 2017 et 2019. De plus, selon les données collectées par Ouranos , la quantité de précipitations sous forme de pluie sera en hausse partout au Québec, et ce, peu importe la saison. Les épisodes de précipitations de pluie seront aussi plus abondants et le nombre d’épisodes extrêmes sera en hausse.
  • La hausse du niveau de la mer a déjà une influence dans le golfe du Saint-Laurent. Plusieurs régions sont davantage exposées au phénomène d’érosion côtière. Ce phénomène est accentué par la réalité des changements climatiques, puisque le couvert de glace sur le fleuve Saint-Laurent, qui agît comme un tampon lors des grandes marées et des tempêtes, est moins présent.

Avant de répondre à cette question, en tant que municipalité responsable, vous devriez vous poser quatre questions sous-jacentes :

  • Votre municipalité a-t-elle des problématiques d’inondation et de débordement, de refoulement d’égouts ou des problèmes d’entretien et de capacité de ses réseaux?
  • Que pouvez-vous faire pour diminuer l’apport d’eau de surface vers le réseau d’égout?
  • Les municipalités environnantes, faisant partie du même bassin versant, ont-elles des problématiques d’inondation?
  • Que pouvez-vous faire pour éviter de surcharger les lacs et les cours d’eau et diminuer les risques d’inondation en aval de votre municipalité?

Ces quatre questions visent à établir un portrait des problématiques présentes dans votre municipalité et à mettre en place les premiers jalons d’une vision municipale relative à la gestion optimale des eaux pluviales.

Pour vous accompagner dans cet exercice, le Regroupement des Organismes de Bassins Versants du Québec (ROBVQ) a mis en ligne gratuitement la 2e édition de l’Outil d’Autodiagnostic municipal en gestion des eaux pluviales. Ce document simple à remplir vous permet jusqu’à un certain point d’évaluer si les mesures existantes dans votre municipalité sont suffisantes pour assurer une gestion optimale des eaux pluviales.

Pour diminuer l’apport d’eau de surface vers les réseaux d’égout, les solutions sont nombreuses et parfois très créatives. Le Guide de gestion des Eaux pluviales produit par le ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques (MELCC) peut vous en donner un éventail très complet.

Quoi de plus simple dans un premier temps que de passer par l’adoption d’un règlement sur le débranchement des gouttières. En déconnectant ainsi les gouttières des drains de fondation des bâtiments, l’apport en eaux pluviales vers vos réseaux d’égouts diminuera. D’ailleurs, un nombre sans cesse grandissant de municipalités et villes ont adopté un tel règlement. Votre municipalité aurait intérêt à emboîter le pas, si ce n’est déjà fait.

En ce qui a trait aux autres mesures possibles, veillez à ce que les deux objectifs interreliés suivants soient présents :

  • favoriser l’absorption des eaux pluviales par le sol pour diminuer l’écoulement en surface;
  • diminuer l’apport direct en eaux vers les réseaux d’égouts et les lacs et cours d’eau.

En visant l’atteinte de ces objectifs, vous permettez la recherche de mesures diminuant les risques de coups d’eau et de crues pouvant favoriser les refoulements et les inondations. Vous aidez ainsi les cours d’eau et les réseaux d’égouts qui doivent absorber une importante quantité d’eau lors d’événements météorologiques et climatiques divers, comme les pluies diluviennes et la fonte accélérées des neiges.

D’autres mesures peuvent aussi passer par les règlements d’urbanisme. À ce sujet, votre municipalité doit se poser différentes questions, dont les suivantes :

  • Avez-vous une vision claire à l’égard de la gestion des eaux pluviales dans le développement de votre municipalité?
  • Au lieu de prévoir des superficies minimales d’aires de stationnement, pourquoi ne prévoyez-vous pas des maximums?
  • Pourquoi ne pas prévoir des superficies minimales sur chaque terrain à des fins végétales?
  • Est-ce que votre règlement de zonage vous permet l’utilisation de matériaux de revêtements de surface perméables?

Parmi ces différentes questions, celle relative à la vision est particulièrement importante. Elle peut entre autres s’appliquer aux nouveaux secteurs que votre municipalité souhaite développer. À ce propos, une municipalité peut obliger un promoteur à tenir compte de la gestion des eaux pluviales en se servant du plan d’urbanisme ou de critères et objectifs apparaissant au règlement sur les plans d’implantation et d’intégration architecturale (PIIA) et au règlement sur les plans d’aménagement d’ensemble (PAE).

Parmi ces critères et ces objectifs pour les nouveaux développements, votre municipalité peut imposer aux promoteurs d’adapter du mieux possible les nouveaux quartiers à certaines caractéristiques naturelles présentes, tels les pentes et les talus, les milieux humides et les superficies boisées. En diminuant ainsi l’artificialisation, vous contribuez à la sauvegarde de milieux agissant comme de véritables éponges lors de pluies diluviennes ou de fonte des neiges tout en diminuant le ruissellement de surface et la pollution diffuse.

Le règlement de lotissement est aussi un outil de première importance, car il peut permettre à votre municipalité d’encadrer le lotissement dans une perspective de gestion optimale des eaux pluviales. Vous pouvez entre autres vous en servir pour encadrer le lotissement dans des secteurs à forte pente pour diminuer les risques de ruissellement de surface.

Encore une fois, tout comme les outils en urbanisme, les exemples de mesures au niveau des travaux publics sont très nombreux et ils ne peuvent être tous abordés. Mais une première mesure, une qui attire particulièrement l’attention de votre Mutuelle, est de savoir si vous avez un plan de surveillance et d’entretien des ponceaux et des fossés de route sous juridiction municipale ainsi qu’un registre pour faire le suivi des opérations d’entretien et de surveillance réalisées. Un tel document peut vous permettre de mieux planifier vos interventions en fonction des ressources humaines, financières et matérielles disponibles.

Les témoignages sont nombreux selon lesquels plusieurs municipalités ne peuvent seulement entretenir annuellement qu’une fraction de l’ensemble de leurs ouvrages de surface de gestion des eaux pluviales. Dans le but d’optimiser ces interventions, la mise en place d’un plan de surveillance et d’entretien des ponceaux et de fossés de route peut s’avérer judicieux. La création d’un tel plan implique cependant de devoir surveiller tous les ouvrages de surface chaque année et de consigner dans un registre les lieux où des interventions ont été réalisées au fil du temps. Avec la masse de données qui sera ainsi collectée graduellement, il sera alors possible d’identifier les secteurs problématiques où des interventions préventives annuelles sont nécessaires et les endroits où des interventions moins urgentes peuvent être repoussées. Vous serez ainsi en mesure de répartir plus efficacement vos différentes ressources disponibles sachant qu’elles peuvent être limitées.

En ce qui a trait à l’entretien des fossés, la méthode dite traditionnelle est à éviter. Idéalement, cette pratique qui vise à excaver en totalité un fossé pour assurer le libre écoulement des eaux devrait même être interdite et seul un fauchage sélectif devrait être réalisé aux endroits où des obstacles au libre écoulement des eaux prennent forme. Cependant, en raison de certaines contraintes techniques liées à la machinerie et aux caractéristiques des fossés, il peut parfois être difficile de recourir à cette méthode. C’est pourquoi à certains endroits, la méthode dite du tiers inférieur peut représenter un compromis intéressant, mais seulement où le fauchage sélectif est difficile à effectuer.

La méthode d’entretien traditionnel doit être évitée, car elle enlève la végétation des fossés qui a deux rôles très importants à jouer, soit de retenir certains polluants et ralentir le débit d’écoulement des eaux vers les plans et cours d’eau.

En évitant la méthode traditionnelle, vous pouvez prévenir ou réduire les risques de crues soudaines tout en diminuant les risques de pollution diffuse liés à l’apparition de cyanobactéries (algues bleues) dans les plans d’eau recevant les eaux des fossés. De plus, en évitant d’exposer les talus mis à nu par l’enlèvement de la végétation, vous diminuez la quantité de sédiments présents dans le sol pouvant être transportés. De tels sédiments en mouvements peuvent créer des obstacles en aval au libre écoulement des eaux tout en augmentant la charge polluante dans les lacs et cours d’eau. C’est pourquoi un fauchage sélectif et, dans certains cas, la méthode du tiers inférieur sont jugés plus responsables.

Cet article suscite d’autres questions ou vous désirez approfondir certaines notions? Contactez notre équipe de la gestion des risques.

 

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Écrit par

Jean-Philippe Langlois, urbaniste

Conseiller en gestion des risques | Urbanisme et environnement

Claudia Latulippe

Claudia Latulippe

Conseillère en gestion des risques | Travaux publics

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